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 [Écrits] De noir et d'argent

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Amber d'Ellesmere
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Messages : 756
Date d'inscription : 26/01/2015

MessageSujet: [Écrits] De noir et d'argent   Ven 13 Nov - 20:27

[Quelques textes, ne concernant que mon personnage d'Aravià, ce qui fut écrit sur elle, et ce que j'écris maintenant, ayant un tenu rapport avec Amber.]


Dès lors que j’ouvris les yeux, je sus que quelque chose avait changé. Comment l’expliquer, pour les profanes que vous êtes ? Passez des mois et des mois l’esprit enfermé dans une brume de folie, puis réveillez-vous. Là, vous aurez un moindre aperçu de ce que je ressentis alors. Je distinguai, pour la première fois depuis des lustres, me sembla-t-il, clairement mon environnement : je me savais assise sur un large fauteuil, et le froid chatouillait mes pieds nus, le coussin rembourré soutenait ma cambrure, et ses accoudoirs mes propres bras ballants. Mon regard, qui ne fut jamais aussi fixe, était dirigé vers l’unique fenêtre de la pièce : une grande baie vitrée qui laissait apercevoir un paysage gris et morne, dont les arbres morts semblaient vouloir rivaliser d’horreur avec les fantômes qui les parsemaient. Tout était très calme, et tout était très silencieux.
Mais bien vite, je trouva quelque intérêt dans cette réalité-là, et j’observai un peu plus attentivement où j’étais car ‒ évidemment ‒ je ne m’en souvenais guère. Les murs étaient tapissés d’un rouge sombre, un grand lit trônait là-bas au fond, il semblait inutilisé : les draps étaient tendus comme au premier jour. Sous moi, un large et épais tapis sombre, et autour plusieurs meubles de chêne demeuraient immobiles, parfois couverts d’une fine couche de poussière. Quelqu’un devait passer régulièrement, me dis-je, et je sus que j’avais raison à mon manque d’appétit et à mon odeur propre. J’en eu honte.

Je tentai de me redresser, car j’étais jusque là avachie, mais je n'eus guère eu plus la force que de lever un peu le dos, et de remettre droite ma colonne vertébrale. Il me sembla manquer d’énergie dans chacun de mes muscles, ainsi devinai-je être restée assise plus de temps que je ne le pensais. Mon corps ne m’inquiéta guère, très vite, mon esprit lucide retrouva quelques souvenirs qui allèrent au-delà de cette chambre, de cette vie.
La panique m’étreignit le cœur, alors que ma mémoire retourna à ma famille. Je revis ceux qui moururent et ceux qui me trahirent autrefois, et je me rendis combien que j’étais seule, aujourd’hui. Et je ne savais pas quand était cela. Combien de temps avais-je passé ici, dans ce lieu inconnu ?
Ma meute avait disparue, mon enfant n’était plus dans mon ventre, de toute évidence. J’étais une louve bien solitaire, et dénuée de but, d’ambitions. Je le savais, mon esprit allait repartir, il allait de nouveau s’évader vers d’autres mondes, d’autres réalités. Il allait me trahir encore, lui aussi ! Ah, ma magie, ma maudite magie, ne m’avait-elle pas tout pris !

La porte s’ouvrit et je sursautai. La domestique qui vint à ma rencontre fut aussi surprise que moi à capter mes yeux, des yeux fixes et qui ne renvoyaient guère de vide, ce soir-là. Son plateau faillit lui tomber des mains mais, habile qu’elle était, elle le rattrapa à temps. Elle le posa en hâte sur une petite table, il comportait quelques aliments et, me rendis-je compte en perdant un peu de dignité, ceux-ci servaient à nourrir les infirmes tels que celle que j’étais devenue.

« Combien de temps ? » demandai-je à brûle-point.

Elle fut trop stupéfaite, en premier lieu, pour me répondre. Elle tremblait de tout son corps me regardant, comme si j’allais me transformer en monstrueuse bête et l’attaquer dès lors. À cette attitude, je sus chez qui j’étais, et j’en étais navrée pour cette jeune femme. Mais elle savait ce que je voulais savoir et puisque l’Ombre n’était plus entre mes mains, j’arracherais ces informations par la peur, dussé-je lui faire mal.
« Plus d’un an, ma dame. Un an et quatre mois. »

Je retins mon souffle. Autant ? Mon corps avait-il passé un an et quatre mois tandis que mon esprit jouait les vagabonds ? De nouveau, mon cœur se serra, et mes lèvres tremblèrent. Je ne m’étais jamais sentie aussi vulnérable, aussi faible. J’étais une Louve, j’étais une Luveris, je n’aurai jamais du être ainsi, être là. J’aurai du mourir avant de rencontrer un destin, et que je maudis celle qui m’avait arrachée aux bras de la mort.

« Plus personne ne m’attend, n’est-ce pas ? Je n’aurai même pas la possibilité de léguer mon héritage. »

Je ne m’attendais à aucune réponse, et elle ne m’en donna pas. Elle me laissa ruminer un long moment, avant qu’une image ne revienne à mon esprit, ne s’y impose. Alors, quelque idée brillante me vint, et c’est d’une voix basse, de cette voix qui chantait si bien auparavant, lorsque ma musique avait un sens, et lorsque les occasions pour l’utiliser étaient bien plus nombreuses, que je lui demandai :

« La jeune noble, celle aux yeux violets. Je veux que vous me l’ameniez à nouveau. Amenez-la moi, même si je suis repartie… et donnez lui mes lettres. »

La servante hocha la tête, mais hésita un instant, avant de rajouter :

« Je ferais savoir votre volonté à ma maîtresse… mais vous lui avez déjà donné votre coffret, ma dame. »

Je haussai un sourcil. Je ne m’en souvenais plus, mais peut-être était-ce pour le mieux. Peut-être pourrait-elle, cette fille là, ramener mon esprit, et le rattacher à mon corps, à ne plus le laisser s’échapper… Sinon elle, personne ne le pourra jamais : j’en étais convaincue. J’avais éloigné la seule personne qui m’aurait veillée avec tant de diligence que jamais je n’aurai eu à subir cette folie.
Je m’assombris alors à l’idée, car la situation était bien plus claire maintenant pour moi. J’avais disposé d’un trésor si grand, si important, et, ah, je l’avais repoussé, je l’avais enterré et je l’avais oublié. Je pouvais être cruelle.

« Si cruelle.
‒ Pardon, ma dame ?
‒ Rien, je parle seule, oublie donc ce que je viens de dire. »

Mon esprit se remettait à dérailler : je le sentais. Je peinais à me concentrer sur ce petit brin de femme, dont le visage était commun mais marqué par les années à travailler dans ce théâtre d’horreurs, à la silhouette trop fine, trop osseuse, comme si la carrure de sa maîtresse avait déteinte sur elle. Ses cheveux châtains étaient remontés dans un chignon sobre, qui empêchait ses mèches lisses de tomber devant ses yeux noisettes. Elle était si commune, si éloignée de moi.
L’idée que ma beauté puisse se fâner avant que je ne recouvre l’usage de moi-même me répugnait. Le bleu de mes yeux allait-il jamais se ternir, le noir de mes cheveux serait-il moins profond avec l’âge ?
Mes lèvres se tordirent d’un profond mépris pour ma situation que je ne pouvais contrôler. Voilà qu’un an et quatre mois auparavant, tout le monde dansait sous mes doigts, et tout ce qui pensait était pour moi une marionnette que je pouvais modeler à mon désir. J’avais été si puissante, et qu’étais-je, désormais…

De sombres rêves happaient ma lucidité, je le sentais. Mon regard commençait d’ores et déjà à repartir vers la fenêtre et le dehors gris ; sous un ciel éternellement couvert, duquel je ne pouvais pas même sentir une dernière fois la lumière douce et chaleureuse du soleil, ni l’éclat tendre et argenté de la lune.

« Vous repartez. »

Je ne hochai pas même la tête, elle le sut autant que moi. Je ne la regarda plus, je ne distinguai plus rien. Mais elle dut me voir, et la dernière image qu’elle eut de cet instant, de cet échange, fut mon visage figé dans une mer de glace, l’expression aussi impavide que si je fus un bloc de pierre depuis ma naissance.

Une dernière larme, et une unique, coula le long de ma joue et je la sentis à peine. Une pensée s’accrocha à moi, malgré tout, jusqu’aux derniers moments : je ferais payer tout ceux qui m’avait arraché quelque chose, tous ceux responsables de cette situation. Je me vengerai de tout ceux qui m’avaient ne serait-ce qu’une seule fois heurtée.
Les hallucinations vinrent enfin, et les ombres dansèrent pour se moquer de moi, elles se gaussèrent de mon malheur et s’amusèrent entre elles, à jouer avec les voix qui me tourmentaient. Je me sentis attirée dans un rêve où je me noyais, et la pièce disparut, avec elle le lit jamais défait, le fauteuil confortable, et les poils de tapis contre mes pieds nus, la soie de ma robe contre mon corps. Le gris du paysage devint la terreur argentée qui me poursuivit dans de nouvelles terreurs nocturnes, et mon esprit ne trouva pas un seul instant de répit, balancé entre des mondes imaginaires, se dispersant aux quatre coins de l’univers, sans parvenir à redevenir entier, se laissant flotter par des courants tortueux.
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Amber d'Ellesmere
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MessageSujet: Re: [Écrits] De noir et d'argent   Mar 17 Nov - 18:13

[Vieille correspondance d'une sœur à son aînée décédée, lettres qui ne furent jamais envoyées et qui, par un détour du destin, se retrouvèrent entre les mains de la Duchesse, dont la lecture l'a gardée éveillée de nombreuses nuits, à recenser la vie de cette prêtresse, et suivre l'évolution de ses mots, de sa personne, l'affirmation de son orgueil, de son pouvoir.]

I - Vacillements

Citation :
Quatrième mois de l'année vingt-sept
Bastion de l'Honneur, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Ta mort remonte à un an maintenant, ma sœur, jour pour jour. Sais-tu que notre père, Tayus, n'en a pas touché mot ? Il n'y a eu ni cérémonie, ni commémoration, il ne demeure de ton décès que le vide que tu as laissé dans mon cœur, ma cruelle sœur. Mais sois certaine qu'une personne en ce monde dévasté, pense à toi ; je ne me lasse jamais de me rappeler comme nous jouions enfants, notre appréhension à l'une et à l'autre avant de passer nos rites. Tu étais bien plus âgée que moi, bien sûr ! Je t'enviais lorsque tu m'en parlais, malgré la peur que cela m'inspirait, j'avais hâte d'avoir ton âge. Et puis ce fut à ton tour de me réconforter, à mon quinzième puis seizième anniversaire. Puis, tout juste avant notre départ, tu es morte.

Je ne dirai jamais que je t'en veux, car c'est la faute de notre Père avant tout – par la Mère Louve, faîtes qu'il ne trouve jamais ces notes ! Malgré tout, ta présence me manque. Je n'ai plus personne avec qui partager mes peines, et dieu sait que j'en ai, ma sœur ; chaque jour de plus en ce monde ravagé est une épreuve, j'ai l'impression que nous n'arrêtons jamais de compter des pertes. L'infirmerie est toujours remplie de blessés, et là-bas, j'apprends à recoudre les plaies ; ce n'est d'abord qu'un savoir théorique, bien sûr, mais je pourrais être utile un jour.

Quant à être utile, j'ai trouvé un livre intéressant il n'y a quelques mois, d'une voyageuse haute-elfe, semblait-il. Je ne sais encore si elle l'a laissé consciemment ou non, mais elle m'a lancé un regard appuyé avant de repartir. C'est sur une magie divine, l'ombre. Dit ainsi, cela n'a sans doute pas l'air sympathique, mais il se trouve que c'est une magie complexe et qui n'est pas corrompue, contrairement aux idées reçues. J'apprends de ce livre tout le savoir théorique que je peux en tirer, après mes tâches quotidiennes, parfois un peu plus tard dans la nuit ; je sais que si Tayus me voit avec cela, je passerai certainement un sale quart-d'heure.

Je repense à ton sort injuste, ma tendre sœur, durant les longues journées, et à chaque fois j'en pleure. J'ai perdu mon unique fratrie, ce jour où les flammes t'ont emportées, toi et ton amant Culster. Si cette affaire était bel et bien une trahison - il est vrai que tu aurais du savoir la haine des Culster, ainsi que les rivalités qui animent nos clans depuis toujours - la punition fut bien trop dure pour une femme si prometteuse telle que toi. Puisses-tu être en paix, où que tu sois.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Septième mois de l'année vingt-sept
Bastion de l'Honneur, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre

Chère Eiraen,

Les jours passent, ma sœur, à une vitesse dont je ne me rend pas même compte. Nous avons fêté mon dix-septième anniversaire la veille de l'écriture de cette lettre, et je ne saurai qu'en dire. Nos parents aussi bien que moi savent que l'échéance approche, celle où je serai donnée à un époux pour le bien d'une alliance politique, pourtant, ils ne m'en ont pas encore parlé. D'un côté, je le préfère, car je n'aime pas à penser que j'épouserai un homme que je n'aimerai sans doute pas, de l'autre, cela me rend plus anxieuse encore.

Je ne le montre pas, je ne montre aucune faiblesse. Je suis une Luveris après tout, pas assez sotte pour me croire invincible, mais je sais qu'il ne faudra jamais que je montre ces peurs à quiconque. En plus de fournir une arme contre moi-même à une personne extérieure, je lui donnerais la possibilité de réduire à néant ma crédibilité et mon honneur en tant que Louve.

L'Outreterre m'apprend tout ce que j'ai à savoir, et j'en retiens ses leçons : je sais masquer désormais mon expression sous une autre, selon la personne en face de moi. Jamais plus mon visage ne trahira mes émotions, du moins jamais mes véritables. Toi-même savais bien avant moi comment tout ce monde de la noblesse marchait, ma sœur, le plus étonnant fut que je l'ai appris dans la guerre, entre l'acier et le sang. Mais le combat forge, même en étant éloignée de la mêlée ; je ne saurai décrire l'horreur qui me prenais lorsque je voyais les plaies des blessés les premières fois où j'étais à l'infirmerie, ces tripes dénuées de toute chose pour les recouvrir, les os mis à nus, le sang, partout et toujours, le sang. Je pourrais effectuer une longue liste de tous ces ravages de guerre, mais hélas il n'en est nul besoin ici. Pourtant aujourd'hui, je me suis habituée à voir l'intérieur des corps de mes confrères et compagnons d'armes.

Je commence, tout doucement, à pratiquer la médecine sur de véritables corps. Je recouds les plaies les plus bénignes, j'apprends les bons gestes et à les maîtriser pour être le plus efficace possible. Un jour sera où j'apprendrai à opérer et à mettre vraiment les mains dans le ventre de ce soldats. Par le même temps, j'apprends toujours de ce livre sur l'Ombre ; et je t'avoue, ma sœur, toi qui ne dira plus jamais rien, que j'ai essayé de pratiquer cette magie déjà une fois. Cela n'a rien donné, mais j'apprends à être familière avec le mécanisme qu'est la magie divine, qui n'est point du tout pareille que ces magies arcaniques – pour le peu de mages présents dans les rangs, c'est tout à fait étrange.

Les possibilités de cette magie – celle de l'esprit – m'apparaissent chaque jour un peu plus, et alors je suis prise toujours d'une certaine fascination et d'un attrait pour cette Ombre. Je ne saurais l'expliquer par les mots ; mais qu'une chose soit sûre : j'arriverai à mes fins grâce à cela.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Deuxième mois de l'année vingt-huit
Bastion de l'Honneur, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Voilà près de deux ans que nous sommes partis pour l'Outremonde, pratiquement deux ans que tu es morte. Il est étonnant de voir comme la douleur restait omniprésente en chaque parcelle de mon corps, à cette époque là ; tandis que désormais elle n'est plus qu'un poids présent au fond de moi, qui parfois se plaît à être un peu plus lourd qu'à l'accoutumée, et qui, parfois, se fait tout à fait oublier. C'est ainsi, alors, peu importe la relation avec une personne lorsqu'elle décède, peu importe l'amour ou l'amitié qu'on lui portait, la douleur finit toujours par s'estomper, et l'être humain finit toujours par passer à travers. L'autre, dans l'esprit de l'un, n'a en fin de compte que très peu d'importance.

Dévaluer l'autre est peut-être ce qui me permet d'utiliser sans mal cette magie de l'Ombre, où peut-être est-ce finalement moi qui suis cruelle et qui en ait détourné l'utilisation, et que je n'ai aucune conscience. Elle est le némésis de la Lumière, si celle-ci est utilisée par l'envie de faire le bien, l'Ombre est invoquée par l'envie de réprimander, de faire le mal. À partir de là, la Lumière peut servir pour châtier, puisque l'utilisateur croit faire le bien, de même que l'Ombre peut servir pour soigner (donc faire le bien) d'une certaine manière – qui inclut faire du mal à quelqu'un. Le concept est difficile à expliquer, je ne saurai encore une fois l'exprimer.

Ressentir toute ses émotions négatives, celles enfouies en soi-même, et celles environnantes, provenant des autres, me permets de transformer cela en magie, et ainsi pouvoir atteindre l'esprit de l'autre, lui voler sa complète identité et le remplacer. L'obliger, sans qu'il ne s'en rende compte, à effectuer les gestes souhaités. Cette magie est belle, ma sœur, elle me permet d'obtenir la connaissance par l'esprit de l'autre, et ainsi elle me donne le pouvoir.

J'ai réitéré de nombreux essais, depuis ma dernière lettre, Eiraen. Lorsque j'ai compris comment cela fonctionnait, et que c'était à ma portée, je me suis sentie puissante, et j'étais avide de ce pouvoir. Mais je ne me ferai pas avoir par cette envie, elle ne me dominera pas et jamais rien ne le fera, je me servirai de ce sentiment pour aller plus loin encore, et encore.

Je me demande si, si tu lisais cette lettre, tu aurais peur de moi, ma sœur. Je sais que Tayus et Katharine réagiraient mal, il est certain que cela aurait des conséquences s'ils l'apprenaient. Ainsi, j'essaierai de le cacher le plus longtemps possible.
Bien à toi,
Aravià.
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Amber d'Ellesmere
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MessageSujet: Re: [Écrits] De noir et d'argent   Mer 18 Nov - 17:50

II - Affirmation

Citation :
Onzième mois de l'année vingt-huit
Bastion de l'Honneur, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Je ne puis dire à quel point le temps passe vite. Voilà neuf mois que je n'ai trouvé aucun temps pour t'écrire une lettre, ma chère sœur, c'est dire à quel point je me trouve occupée ; néanmoins j'aime à penser que mes actions portent leurs fruits et que l'absence de lettre n'est due qu'à mes activités plus qu'utiles. Ainsi, je suis certaine que tu me pardonneras, d'autant que je n'ai cessé de penser à toi tout ce temps.

J'ai atteint les dix-huit ans il y a peu, et je profite de la vie qui m'est offerte, même en terres aussi hostiles. Je me souviens lorsque, il y a de cela quelques années, tu étais venue me voir, plus essoufflée que je ne t'avais jamais vue l'être, complètement paniquée ! Tu venais de concrétiser une certaine relation avec ton écuyer, et t'étais venu ensuite l'idée de me conter tous les détails, et dire que j'étais encore jeune à l'époque et tout à fait innocente. Aujourd'hui, c'est très différent, peut-être pourrait-on même me qualifier de luxurieuse. Pas tant que je rend visite à chaque soldat chaque soir, loin de là.

J'ai développé une certaine relation avec un serviteur – un interdit ! Et je trouve bien des prétextes pour aller le voir ; aussi bien pour découvrir son corps que de me servir de lui comme cobaye. Ma magie croît de plus en plus, je le sais et je le sens. Mes possibilités sont nombreuses, si tant est que j'apprends à m'améliorer et me maîtriser parfaitement. J'ai alors besoin d'évaluer jusqu'où je peux aller dans l'esprit d'un homme, où je dois m'arrêter, jusqu'où s'étendent ces possibilités. D'autant que si je me rate, personne n'ira se plaindre de la mort de John – appelons le John, je ne connais pas son vrai nom. Il ne se rend pas même compte de mes expériences, et croit que j'abandonnerai ma place d'héritière pour lui.

Comme quoi, les personnes non-éduquées peuvent-être idiotes. J'ai du mal à trouver du temps pour pratiquer ma magie, entre mon nouveau travail de médecin et le reste ; je crois néanmoins avoir réussi à trouver un manieur de la magie de l'Ombre, lorsque quelques anciens prisonniers nous sont revenus au camp. Je vais voir s'il peut m'apprendre ce qu'il sait, afin de m'améliorer plus vite encore. Mon apprentissage hasardeux et sans règle, ni encadrement, peut aussi être un danger, pour moi et pour les autres.

L'Ombre n'est pas corrompue mais corruptrice, et résister à ses chuchotements tout en ayant la volonté de la dominer tout à fait n'est pas chose aisé, cela me prend toutes mes forces, et je ne veux pas que Tayus ne sache quelque chose. J'ai peut-être trouvé l'ébauche d'une solution, aussi t'en dirai-je plus dans la prochaine lettre.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Troisième mois de l'année vingt-neuf
Temple de Telhamat, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Me voilà bien heureuse de quitter un peu le Bastion, la vision de ces mêmes murs et mêmes bâtiments me rendait folle. Je me suis rendue au Temple de Telhamat, où se trouve nombreux draenei, pour quelques jours ; la raison officielle étant de m'initier à la diplomatie et d'entretenir des relations bonnes avec cet autre bastion de l'Alliance, et la raison officieuse étant que l'homme dont j'ai fais la connaissance récemment et qui manie la même magie que moi, m'a demandé de m'éloigner de toute nuisance pour que nous puissions pratiquer.

Il m'a offert son savoir, ma sœur, par le biais d'une connexion télépathique que nous entretenons, permanente. De ce fait, cela m'entraîne à contrôler mes pensées, tout en faisant autre chose à coté, et aussi à savoir piocher les informations dont j'ai besoin à un moment particulier. Il m'arrive de réussir à capter ses pensées et sensations, certains soirs, et je sais qu'il me désire. C'est réciproque, du reste. Mais ni l'un ni l'autre ne manifestons un geste d'invitation physique, bien que nous sommes conscients que cela nous tombera dessus un jour.

Je me suis débarrassée du serviteur, par ailleurs ; après mes essais de manipulation mentale, il est devenu une sorte de légume. Mou et inerte, quelle femme aurait toujours voulu de lui ? Je me suis débrouillée pour le faire disparaître d'un accident. Je ne me sens pas coupable, ma sœur, suis-je si vicieuse ? Vais-je devenir un monstre implacable du fait de cet magie, se pourrait-il que je l'ai toujours été ? Plus tard, peut-être, viendront les réponses à ces questions, sans nul doute, mais je ne m'en préoccupe pas maintenant.

J'ai bien des choses à faire, je peine à trouver le temps de chercher la plume et l'encrier pour t'écrire. Plus le temps passe, plus j'ai l'impression de baigner dans le sang des démons, et pire encore, dans le sang des miens. Les pertes et les blessés ne cessent jamais d'augmenter en nombre ; et rares sont les soirées où il ne se passe aucun combat, mais crois-moi, elles sont appréciées. Je continue mon travail de médecin, et je suis l'une des seules restantes. De fait, je dois m'occuper des cas les plus graves, et certaines fois, ma formation ne me le permet pas. Je suis peinée à chaque fois qu'un soldat décède entre mes mains, mais le douleur se dissipe vite, car dès lors j'ai quelqu'un d'autre à sauver.

Il est de plus en plus difficile de cacher la magie que je maîtrise à mon père et au reste des soldats, d'autant que je suis certaine qu'elle pourrait être utile au combat. Un jour, je le dirai à Tayus, et alors, nous verrons sa réaction.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Septième mois de l'année vingt-neuf
Bastion de l'Honneur, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Mon dix-neuvième anniversaire. La guerre me maintient loin des mariages arrangés pour le moment ; et ainsi je peux me consacrer à mon apprentissage de l'Ombre. L'idée de passer ma vie avec un homme que je n'aimerais sans doute pas et que je ne connais pas me répugne tout à fait. Être touchée contre mon gré d'un inconnu ne me fait ressentir qu'une haine viscérale et une aversion capable de me faire faire les pires actes du monde. Mais je sais que je devrai m'y soumettre, faute d'être assez forte pour endurer la punition que Tayus m'infligerait si j'avais l'audace de refuser.

Que dire ! Je me sens plus puissante chaque jour qui passe. Tyrus Beleren, voilà le nom de mon humain, mon prêtre de l'Ombre. Je l'ai appris lorsque nous nous sommes unis corps et âme, il y a de cela plusieurs jours, bien qu'il atteigne la quarantaine, il est d'une ardeur remarquable. L'avantage, lui étant manieur de l'esprit, et moi son apprentie, c'est que nous pouvons détourner l'attention de cette relation aussi étrange qu'interdite.

Avec lui, j'apprends de plus en plus, autant sur la vie, que sur ce pouvoir de l'Ombre. Il me montre certaines de ses techniques les plus avancées, et j'essaye de les reproduire, avant de créer mes propres sorts. J'ai commencé à tout noter sur un grimoire que je prends soin de cacher avec ces lettres ; et il se remplit à une vitesse plus que plaisante, ma sœur. La dernière chose que j'ai apprise fut l'invocation d'une Ombrefiel ; une créature de l'ombre. Donner une forme mi-physique mi-psychique à un amas d'émotions négatives pendant une ou deux minutes, tout au plus, et l'avoir sous son parfait contrôle : c'est ce que j'ai réussi à faire, la veille de mon anniversaire. Le secret du sortilège m'a été donné par Tyrus, en guise de cadeau. Nous avons passé le reste de la nuit à nous aimer parmi les ombres.

À son habitude, je n'ai ressenti aucune fierté émanant de Tayus, pas plus venant de Katharine d'ailleurs. Qu'il doit être difficile pour des parents que d'être déçus de leur progéniture : je ne suis pas le fils héritier qu'ils attendaient, mais en plus de cela, je ne manie pas les armes, bien que j'ai réussi tous les rites familiaux. Ils voient en moi une simple médecin, pour le moment, et je le jure, ma sœur, que je leur révélerai tout un jour. « Qui vivra verra » était ta devise, si je m'en souviens bien ! Je suivrai les quelques enseignements que tu m'as laissé et qui fut pleins de bon sens.

Tu me manques, ma chère Eiraen. Chaque jour j'espère que tu reposes dans un endroit meilleur, tu n'aurais jamais voulue être ici, à combattre ces démons. Tu n'étais pas assez forte et trop pleine d'envie de vivre et d'essayer un peu tout – ce qui t'as poussé à coucher avec ce Culster ! Aventureuse, mais pas assez pour vivre dans cet enfer.
Bien à toi,
Aravià.
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Amber d'Ellesmere
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MessageSujet: Re: [Écrits] De noir et d'argent   Jeu 19 Nov - 20:52

III - Confirmations : passage

Citation :
Premier mois de l'année trente
Armurerie de l'expédition, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre

Chère Eiraen,

Nous sommes proches d'entamer la quatrième année de notre campagne, ici, en Outreterre. Nous sommes toujours dans ces contrées rouges, celles de la Péninsule, au milieu des démons de la Légion et des gangr'orcs, emplies de felmagie d'un coté, et de flammes de l'autre, mais nous parlons d'un départ futur vers la Vallée d'Ombrelune, afin de rallier un assaut sur le Temple Noir – qui, selon les dires, consisterait plus à nettoyer les restes de l'attaque vaguement unifiée des Clairvoyants et de l'Aldor, qu'à un réel assaut. Et je trouve cela dommage que nous ne partions pas tout de suite : ces plaines rougeoyantes ne me vont pas au teint. Du moins, c'est ce que l'on dit de mon visage, à vrai dire je ne prends pas véritablement le temps de me regarder dans un miroir.

Je l'ai tout de même fait. J'ai été surprise. Tu le sais toi-même, ma sœur, j'ai toujours été jolie, de la même façon que toi. Mais j'ai découvert un visage au teint pâle, voire livide, ainsi que des cernes sous mes yeux. Le plus étonnant était que, lorsqu'on regardait bien, on pouvait voir mes veines légèrement ressorties et noircies. En ce jour, elles sont encore plus visibles, et s'étendent encore plus. Tayus me regarde bizarrement, et à ses interrogations, je lui réponds que je ne dors que peu à cause de tous les blessés, et l'état de combat permanent des troupes.

Ce qui n'est ni faux, ni vrai. Je dors, il est vrai, ma sœur. Mais mon esprit est assailli de troubles que je ne saurai décrire. Parfois des cauchemars reconnus en tant que tels, et modélisés par des images, parfois ce sont juste des sensations perverties et mauvaises qui m'emportent. À chaque réveil je me trouve mal, et heureusement que je suis seule lors de ces moments, en proie à la faiblesse. J'ai décidé d'en parler à Tyrus dès qu'un peu de temps pour cette discussion me sera permis. Je n'ai nul envie de perdre de précieuses heures à parler du point faible qu'est mon sommeil. Je suis une Luveris, je n'ai guère droit à la faiblesse.

Tyrus Beleren m'apprend à manier la Forme d'Ombre. Si tu savais, ma sœur ! C'est un sort fascinant et ô combien mirifique ! Si je ne sais pas encore très bien la maîtriser en étant seule, le temps où je suis revêtue de cette forme est un bonheur pur. Je sens mon propre corps devenir Ombre, et je sens la puissance de ma magie affluer en moi, me rendre plus forte. Toutes ces émotions mauvaises en ma personne et m'entourant, menaçantes et protectrices à la fois, rendant mon corps translucide à travers tant de magie, émanant de cette aura violette, si pure ! L'on pourrait croire, ainsi, mon esprit qui a repris le dessus de mon corps, et qu'il s'est projeté sur lui, permettant sa protection et son attaque. L'Ombre est belle, et elle est puissante.

Quelque chose a changé avec Tyrus. Non pas physiquement, j'en suis très satisfaite. Mais mon niveau semble le rattraper, et ses connaissances ne semblent pas infinies, comme j'aurai pu le croire au début. J'aurai, bientôt, besoin de partir à Shattrath pour diversifier mes enseignements ; sans doute lors de notre départ pour les terres d'Ombrelune. Je ne sais que penser.
Bien à toi,
Aravià.

Citation :
Sixième mois de l'année trente
Bastion des Marteaux-Hardis, Vallée d'Ombrelune
Outreterre


Chère Eiraen,

Nous sommes arrivés il y a quelques jours au Bastion nain, dans la Vallée d'Ombrelune, dite la vallée noire et verte. Rien ne demeure d'autre, ici, même le ciel s'est déteint de ces couleurs. Nous menons le même combat, comme toujours, contre les démons de la Légion Ardente ; et je suis toujours médecin après avoir passé quatre années à perdre autant que soigner mes confrères. C'est à moi de former quelques soldats au métier de guérisseur, désormais, du moins en ce qui concerne les premiers soins. Si tu avais été encore en vie, peut-être aurais-tu été à mes cotés, ou à la ligne de front, avec les Sans-Cœurs.

Le voyage fut long et rude, à travers les chemins sinueux de l'Outre-Monde. Nous avons perdu quelques hommes en route, encore une fois. Mais nous avons pu faire une escale à Shattrath, et j'ai eu l'honneur d'accéder à quelques livres de bibliothèque, et si je n'ai guère pu emprunter les livres parlant de l'Ombre -il ne saurait y en avoir-, j'ai trouvé le temps qu'il fallut pour lire les miens directement là-bas. Ces découvertes furent enrichissantes, et intégralement notées dans mon grimoire. J'amasse assez de connaissances afin d'être sûre de pouvoir me rendre utile le jour où je dévoilerai cela, mais j'ai toujours une appréhension quant à la réaction de Tayus.

Malgré le rejet de mes chers parents – qu'ils paieront un jour, sois en certaine ma sœur, je te vengerai autant que je leur ferai regretter de ne pas m'avoir assez aimée, je comble mon manque d'affection avec Tyrus, et il est loin de s'en plaindre. Il était plus difficile de s'éloigner des troupes lors du voyage pour nous aimer le temps de quelques instants, mais nous y sommes parvenus. Il fait preuve d'une vigueur exceptionnelle pour son âge, et lui, de même, semble apprécier la fougue de ma jeunesse. Je me rappelle lui avoir avoué, une fois, d'avoir accompagné une servante derrière les écuries au Bastion de l'Honneur afin d'expérimenter quelques instants entre femmes, il en a rit et m'a encouragée à découvrir la vie ainsi.

Je sais que cela changera. Non pas que cela ne me plaît pas ainsi, loin de là. Comme je t'ai dis dans ma dernière lettre, je sens le vent tourner, ma sœur. Il comble mes envies physiques, mais ma soif de connaissance est de moins en moins satisfaite ces derniers temps. Je sens mon niveau le rattraper, je ne sais s'il s'en rend seulement compte ; peut-être en a-t-il peur. Du reste, j'ai commencé à penser à des projets en revenant en Azeroth – ce qui se fera bien un jour, n'est-ce pas ? J'ai pensé à me servir de mes dons et de vendre des servants plus fidèles et dévoués que les serviteurs habituels à de riches particuliers, entre autre. Quelle idée merveilleuse !

Mon anniversaire approche à grand pas, et je parviens sur mes vingt ans. J'ai toujours une mauvaise mine, et Tyrus m'en a finalement parlé de lui-même. Lorsque j'essaye de ne pas dormir pour ne pas être assaillie par ces mauvaises sensations, je m'écroule de fatigue. Ces rêves restent modérés dans leurs intentions corruptrices, mais ils sont là à chaque nuit. Comme s'ils m'attendaient. Il dit ne pas avoir de solution pour le moment.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Deuxième mois de l'année trente-et-un
Bastion des Marteaux-Hardis, Vallée d'Ombrelune
Outreterre


Chère Eiraen,

Tout d'abord, puisses-tu me pardonner de tout ce temps sans nouvelle. Il s'est passé bien des choses ces sept derniers mois, et je n'ai guère trouvé ni le temps, ni l'envie, d'écrire quoi que ce soit à propos de ces événements. Il faut que je te parle de mon Tyrus Beleren, ma sœur, voilà la première fois que j'éprouve une si puissante envie de l'évoquer !

Il n'est plus de ce monde. Non pas qu'il soit retourné en Azeroth, comprends-moi bien : il est mort. L'étrange fait est que, sa présence me manque d'une certaine manière. C'est là où je me vois en une bien cruelle femme, Eiraen, comment pourrais-je regretter sa présence, à la vue de mes actes ! Tu devrais déjà l'avoir lu entre les lignes, ma douce, mais je vais te le dire : j'ai tué Tyrus. Toute cette encre usée à te parler de lui, sans doute te demandes-tu la raison d'une telle action. Elle n'est pas si surprenante.

Je l'avais senti déjà il y a des mois, cela s'est passé. Mes dernières questions demeuraient sans réponse – tout du moins inconnue par lui, et les sorts de mon grimoire même devenaient trop complexes pour lui. Il était fier de moi, pourtant, fier de mes progrès rapides et de ce que j'ai pu accomplir. Il m'encourageait à mettre mon nez dans les livres, désormais. J'ai surpassé mon maître et voilà qu'il n'avait plus rien à m'offrir ; j'avais utilisé et épuisé toutes ses connaissances. Lui que je croyais intarissable source de savoir ! Je n'explique pas ce fait, mais une fois qu'il m'a dit ne plus rien avoir à m'apprendre, j'ai éprouvé ce besoin irrépressible d'épuiser jusqu'à la vie de celui qui fut mon professeur et amant, de m'accaparer jusqu'à son dernier souffle pour être certaine de l'avoir utilisé jusqu'au bout.

Et pourtant, cet instant fut d'une beauté incroyable. J'étais dans son esprit, et je le maintenais tout entier en ma possession. J'avais accès à la moindre de ses pensées, ses barrières n'étaient plus rien contre moi, à la moindre sensation : son désir, son amour immuable mais la peur, ô surtout la peur, qui m'a tant émerveillée ! Cette crainte de m'être soumis et dominé, de voir sa vie le quitter par mon seul souhait ! Je n'ai pas su résister. Mon esprit est allé jusqu'au plus profondément du sien, et alors j'ai détaché ce qui le reliait à son corps, mes yeux captant son dernier regard, et mon visage son dernier souffle, comme éteignant son cerveau avec ma seule volonté.

J'ai gardé un souvenir de lui, une pierre dont je ne connais pas l'utilité, mais elle est resplendissante. Une obsidienne, dirai-je à vue d'œil, qu'il gardait toujours dans un pan de sa tenue. Je l'ai faite montée en pendentif, et j'ai fais gravé une tête de loup rugissant en or, ainsi y apportant la marque de mon Clan. Il ornera ma poitrine jusqu'à mon décès, c'est la dernière promesse que j'ai faite à Tyrus.

Il m'en a voulu. Il m'a détestée, et, par la Mère, que dieu me pardonne, car j'ai adoré cela. Je te conterai les autres événements dans une future lettre qui devrait bientôt être écrite, mais ma plume tombe sous la fatigue.
Bien à toi,
Aravià.
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Amber d'Ellesmere
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MessageSujet: Re: [Écrits] De noir et d'argent   Ven 20 Nov - 16:52

IV - Progression

Citation :
Troisième mois de l'année trente-et-un
Bastion des Marteaux-Hardis, Vallée d'Ombrelune
Outreterre


Chère Eiraen,

Tu me vois, aujourd'hui, bien moins secouée par cela. Si j'ai vu les soldats de mon détachement mourir à tout va entre mes mains, sur la table même d'opération, il est différent de tuer directement quelqu'un. Surtout mon Tyrus, ma sœur ; si je ne sais la nature exacte de ta relation avec ce Culster, je suis certaine que tu n'aurais pu toi-même mettre feu à son bûcher et le condamner à la mort. Je ne ressens aujourd'hui plus rien de cette histoire, plus même le manque de mon amant. Quant aux remords, ils n'ont jamais été de la partie.

Voilà ce que toute cette mascarade appelée la vie est : une partie, un jeu, sur lequel les plus forts déplacent les pions et les fous, quand les plus faibles subissent sans s'en rendre compte. Une partie d'échec, pure et simple, jouée contre un autre Roi. Quant à moi, je place mes pions lentement et sûrement. J'ai avoué à Tayus vouloir commencer à pratiquer la magie pour me rendre forte afin d'aider le Clan - « comme dame Saralyn, en moins aigrie. » ai-je dis.

Il a grogné, évidemment. Mais ne connaissant pas la nature de la magie que je comptais étudier, il m'a donné du temps libre et des permissions pour aller à Shattrath, piocher dans les bibliothèques et y trouver un précepteur. Ainsi, je serai bien plus active et disponible pour connaître, entre et encore, la magie de l'Ombre. J'avais, de même, dans l'idée de m'essayer à ce commerce dont je t'ai parlé ; les bas-fonds de Shattrath sont l'endroit idéal pour cela, on ne risque ni de me reconnaître, ni de s'offusquer de mes actions – si tant est, bien sûr, qu'on y prête seulement attention.

Que penserais-tu aujourd'hui, ma sœur ? Serais-tu choquée d'apprendre que je ne vois les êtres vivants plus que comme un moyen de parvenir à une fin, ou me consoliderais-tu dans mes idéaux ? Tu serais de mon avis, crois-moi, si tu étais venue avec nous jusqu'en Outreterre. J'appelle les soldats de la compagnie des Sans-cœurs des confrères, mais j'y ai vu bien plus l'horreur qu'à n'importe quel autre horizon. Bataillant pour combler uniquement une soif de sang parfois, se jetant sur des catins fraîchement payées, et qui, elles-mêmes, semblaient apprécier le spectacle d'autres fois. L'humanité n'est qu'un mot parmi d'autres pour décrire la débauche et la dépravation. Je n'ai nul regret quant à utiliser ces malfrats à mes propres utilités.

Les blessés devenus invalides à la guerre seront mes premiers cobayes ; devenus inutiles au Clan, je puis m'en servir à mon souhait. S'ils sont viables et correctement ramollis, alors je les vendrai à Shattrath. Cela sera un coup d'essai, et je verrai jusqu'où ma magie me permettra d'aller ainsi. Puisses-tu être là pour voir cela.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Septième mois de l'année trente-et-un
Shattrath, Forêt de Terokkar
Outreterre


Chère Eiraen,

Je me suis octroyé le droit, pour mon anniversaire, de porter en permanence l'obsidienne de Tyrus Beleren. J'en ai, ainsi, découvert les effets. Ce petit cachottier, il ne m'avait pas tout dit ! Cette pierre renferme, en réalité, bien plus que je ne l'avais imaginé ; ne la prenant que pour une simple gemme, elle détient les réponses à mes questions sur mes problèmes de sommeil. Il se trouve qu'en la portant, je ressens bien moins les effets de la fatigue, comme si mon corps n'en réclamait plus guère. J'ai remarqué, en revanche, que lorsque je dormais désormais, des cauchemars les plus horribles les uns que les autres venaient à m’assaillir.

C'est comme si les ombres elles-mêmes se retournaient contre moi pour faire subir mille tourments à mon inconscient ; si je les trouve rassurantes étant éveillée, elles m'effraient la nuit et m'emportent dans leur affliction. Ainsi j'ai décidé de ne plus, ou très peu, dormir ; bien que cela aura sans doute des répercussions sur ma santé un jour ou l'autre, qu'importe. Je suis une Luveris et résisterai à cela, sinon de quel droit porterais-je mon nom ?

Voilà ainsi mon vingt-et-unième anniversaire, ma sœur, là où tu devrais avoir déjà vingt-trois ans. Je poursuis mon apprentissage dans le plus grand des secrets, tout en ayant une certaine légitimité de notre Père. Je n'ai jamais retrouvé de professeur tel que Tyrus, aucun qui ne soit de mon niveau – et de l'Alliance ; et je ne suis pas encore assez sotte pour pactiser avec une certaine elfe de sang des Clairvoyants afin d'en apprendre plus, tel qu'elle me l'avait proposé. Néanmoins, nous avons fait un accord silencieux. Je lui dérobe ses connaissances en toute discrétion, venant mêler mon esprit au sien lorsqu'elle est dans le coin. Évidemment, j'ai essayé de le faire sans réciprocité de ma part, mais je n'y suis pas arrivée, ses défenses étaient bien plus fortes que mes attaques.

C'est là où elle avait un peu éveillé mon intérêt, d'ailleurs. Mais une nouvelle fois, la source d'information s'est épuisée, et j'ai du la consumer jusqu'au bout. Étonnant fait que les personnes rencontrées soient, au départ, si mystérieuses et enivrantes et finissent par se révéler à chaque fois... décevantes. Irrémédiablement décevantes. N'est-ce pas finalement une bonne action, que d'arrêter là leurs misérables vies, et leur éviter de répéter encore, et toujours, le même schéma ? Je peux te paraître cruelle, ma sœur, mais mon allégeance va au Clan Luveris et à ma famille, à nul autre. Le reste n'est que futilités, destinés à nous servir afin d'arriver à nos buts.

L'Outreterre me pèse, notamment la Vallée d'Ombrelune. J'ai réussi à obtenir la permission de migrer pour quelques mois à Shattrath pour le bien de mes études. Tayus se pose des questions quant à la magie que je ne lui montre pas, et je vois dans son regard que je devrais me montrer, selon lui, fière de mes progrès. Ainsi deux solutions, pour lui : je ne fais pas exactement ce que je dis faire, ou je suis tout à fait irrécupérable, et à jamais une déception. Peut-être les deux, en fin de compte.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Douzième mois de l'année trente-et-un
Shattrath, Forêt de Terokkar
Outreterre


Chère Eiraen,

Le temps est venu pour moi de quitter la capitale ; ainsi tu me vois t'écrire sur le départ. Malgré mes affaires florissantes ici bas, mes confrères me manquent. Il y a bien trop longtemps que je n'ai guère entendu le bruit de lames s'entrechoquant autrement qu'en passant près d'un forgeron, et que mes mains n'ont servies à sauver les miens. Le temps me manque, mais je voulais t'envoyer une lettre avant la prochaine année.

J'ai été prise d'un élan de nostalgie il y a peu, ma sœur, et si je cherche à retourner vers notre Père et la compagnie des Sans-cœurs, c'est car Gilnéas me manque, et ils sont les seuls, ici, à me rappeler notre patrie. Les forêts sombres de Terokkar ne valent pas les contrées pluvieuses de Gilnéas ; où sous les nuages gris s'étendaient des champs de moutons entiers, et par-delà encore, les gigantesques demeures qui s'imposaient sur les falaises, défiant la mer de monter jusqu'à elles. Je n'entends plus guère le son des voitures tirées par les chevaux et le rire des enfants gilnéens que dans mes souvenirs.

Mais tout ce qui a bercé mon enfance n'est plus à ma portée aujourd'hui. Reverrais-je un jour Gilnéas ? Je me le demande, peut-être vais-je mourir ici, en ces terres qui sont plus tristes que les jupons de ma mère ! L'Outreterre me pèse de plus en plus, et cette campagne me semble sans espoir. Nous perdons des hommes chaque jour, sans en gagner plus. Évidemment, les démons tombent sous nos coups, mais j'ai bien l'impression que leur nombre ne s'épuise jamais. La Légion a fait tant et plus de ravages que nous le pensions.

Quant à ma magie, je me sens obligée de t'en parler ; après tout elle est toujours présente avec et en moi. J'ai expérimenté un contrôle mental en prenant entièrement possession du corps de mon cobaye. Si j'arrivais à influencer et à remodeler un esprit, je ne m'étais jamais aventurée jusqu'à prendre tout à fait possession d'un corps. Quelle étrange sensation était-ce, ma douce ! Imagine toi être à moitié dans ton corps, pouvoir le bouger, tout en ayant conscience d'être dans le corps d'un autre en même temps, et ainsi être à deux endroits différents à la fois !

Les possibilités qui s'offrent à moi lorsque j'ai contrôlé cette personne m'ont galvanisée. Je puis utiliser une personne pour en assassiner une autre, la faire se suicider, je peux l'emprunter pour faire les plus basses tâches et se salir les mains à ma place. Et qu'il serait difficile de m'accuser ! J'ai appris qu'il n'y avait, finalement, que peu de prêtres de l'ombre, et que retracer la magie utilisée par l'un était un acte difficile, et qui n'allait pas de soi. Tout simplement splendide.

J'ai gagné pas mal d'argent grâce à mon commerce, Eiraen, si tu savais ! Pour un début de vie, je m'en sors très bien. Je suis persuadée que tu auras été fière de moi. Toi, la seule dans cette famille qui m'ait un jour aimée. Je rêve tant d'un encouragement de ta part !
Bien à toi,
Aravià.
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Amber d'Ellesmere
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MessageSujet: Re: [Écrits] De noir et d'argent   Dim 22 Nov - 0:31

V - Changements


Citation :
Quatrième mois de l'année trente-deux
Bastion des Marteaux-Hardis, Vallée d'Ombrelune
Outreterre


Chère Eiraen,

Il est en ce jour une nouvelle bien triste que je dois t'annoncer. Tu me vois là désolée de t'apprendre que notre chère mère est décédée. La fièvre l'a emportée, suite à une blessure obtenue quelques jours plus tôt ; lorsqu'elle était de sortie avec mon père, une embuscade leur est tombée dessus : pas même par la plus grande menace de cette planète, mais par les orcs, ma douce, ces infâmes créatures de la Horde.

Une violente entaille à l'épaule ; dont je me suis occupée comme j'ai pu. J'ai fais mon possible, mais la maladie a été plus forte sur ce coup là. J'ai essayé, pourtant, j'ai essayé de la dissiper avec la magie. J'avais déjà entendu qu'en entrant l'esprit d'une personne, on pouvait renforcer son système immunitaire durant plusieurs instants, comme augmenter ses capacités cognitives. Je ne l'avais jamais fait, du reste, je ne savais pas exactement comment faire.

Malgré cela, j'ai tenté de m'y essayer. Je n'ai non seulement pas réussi à faire partir la fièvre, mais elle est repartie d'autant plus vive; du fait que ses défenses avaient été affaiblies par mon entrée dans son esprit. Peut-être aurait-elle survécu sans mon intervention. Tayus n'est guère au courant de cela, mais il me tient coupable tout de même de ne pas avoir su soigner la blessure correctement, ce qui aurait entraîné la fièvre selon lui.

Je ne l'avais jamais vu aussi violent dans ses mots, ma sœur, et dans ses gestes. J'ai cru qu'il allait me tuer pour avoir précipité la mort de sa femme. Il n'en a rien fait, bien sûr, mais j'en ai payé le prix. Il m'a retiré le droit d'étudier la magie, et je suis consignée au Bastion, comme une gamine qui aurait fait une bêtise. Ce que je vois dans son regard, c'est son envie de me jeter aux démons. Mais il ne le peut guère, je suis sa dernière fille : l'héritière des Wendel. Je puis le décevoir autant de fois qu'il me le souhaite, tout ce qu'il pourra faire, c'est m'envoyer loin de lui au plus vite.

Il ne comprendrait pas même mon vœu d'être utile au Clan Luveris, et pourtant, jamais je n'utiliserais à mal l'Ombre sur une personne du Clan, ou qui lui est toujours utile (passons les éclopés qui ne peuvent plus combattre et ne sont donc plus que des bouches à nourrir, toi et moi sommes d'accords là dessus : ils méritent la mort, je leur donne une utilité autre). Je considère chaque homme comme un frère, chaque femme comme une sœur, et c'est mon devoir de Louve de les protéger. Combien d'hommes n'ai-je pas vu qui couraient au combat, le bras fendu d'une entaille, ou un os encore fracturé, sans se préoccuper des soins, pour ne voir que la bataille ? Je deviens entêtée au fur et à mesure que j'essaye d'empêcher cela.

Six ans que tu es morte, ma sœur, et en le mois de cette sixième année qui marque ce décès, voilà que notre mère meurt à son tour. Et pourtant, je suis certaine que ce deuil là sera ourlé de vêtements noirs et célébré l'an prochain.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Huitième mois de l'année trente-deux
Sanctum des étoiles, Vallée d'Ombrelune
Outreterre


Chère Eiraen,

Le temps me prend de court, et je ne le vois plus passer. Il s'est encore passé quelques événements étonnants que je dois te conter, et qui m'ont retardée dans l'écriture de cette lettre ; je m'arrange pour toujours les faire tomber à la date de ta mort, et celle de mon anniversaire, mais je n'ai guère trouvé un moment à moi pour prendre la plume et le parchemin.

Tout d'abord, il y eut le jour pour fêter mes vingt-deux ans. Enfin, fêter, que dis-je comme bêtises ! Nous n'avons rien célébré du tout, tant que je demeure une honte pour notre père. Il m'a simplement rappelé où je finirai : dans la couche d'un noble pour le bien d'une alliance politique. Vendue, pour être emportée loin de lui ! Sans Katharine, il paraît encore plus vieux ; non pas que c'eut été un mariage d'amour, nous le savions toutes les deux, mais je pense qu'il avait apprit à l'apprécier au fil des années, et s'était habitué à sa présence. L'Outre-monde me permet de me tenir éloignée du monde de la noblesse et m'empêche d'être courtisée, et en ce je suis lui reconnaissante !

Cela n'empêche, ce monde me pèse. Enfin, donc, disais-je, j'ai fais une rencontre... très intéressante, pour tout te dire, ma sœur. Je m'étais éloignée du Bastion, pour rejoindre quelques troupes près du Temple Noir, et sur la route, j'ai bien vu un demi-elfe qui se faisait malmené par plusieurs démons. Quelques cadavres traînant ça, et là, j'en ai déduis qu'il avait déjà vaillamment combattu. Je l'ai aidé toutefois ; prise d'un élan de compassion, je lui ai sauvé la vie. Ce fut la première et véritable fois où j'ai utilisé ma magie de l'Ombre pour faire une bonne action, altruiste qui plus est.

C'était une sensation étrange, mais pas déplaisante. Cela m'a renforcée dans l'idée que je devais aider le Clan de cette façon, avec ce don, et ce sauvetage démontrait d'une certaine façon que je pouvais être plus qu'utile. Quoiqu'il en soit, j'ai sauvé ce demi-elfe, qui s'est révélé être une sorte de paladin, dirai-je. Il maniait la Lumière, je suppose que ce ne pouvait être que cela à la vue de son armature. Il a lié sa vie à mes ordres par serment, et est devenu ma lame-lige.

J'ai refusé qu'il soit sous mes ordres dans l'instant. Je lui ai simplement dit que je risquais de le rappeler plus tard, lorsque j'aurai besoin de lui ; mais il était sans doute bien plus utile aux troupes présentes ici qu'à moi pour le moment, ainsi donc, j'ai décidé de le rappeler quand je reviendrai en Azeroth – ce qui, j'espère, ne tardera plus trop.

Je pense à toi, ma sœur, à chaque jour qui se plaît de passer, encore, et toujours. Je crois que ta présence aurait tout changé, si elle fut parmi nous. Tayus moins aigri, notre mère plus heureuse, et moi moins cruelle.
Bien à toi,
Aravià.


Citation :
Troisième mois de l'année trente-trois
La Porte des Ténèbres, Péninsule des Flammes-Infernales
Outreterre


Chère Eiraen,

Il semblerait que t'écrire sur le départ soit devenue une habitude, mais voilà la nouvelle : je quitte l'Outreterre pour retourner en Azeroth. Peut-être n'est-ce pas si étonnant, ma sœur, que je parte enfin de cette planète après mes désirs énoncés de ne plus avoir à faire à elle, dans mes dernières lettres. Mais hélas, pensais-je que cela se passerait ainsi ? Je suis partagée entre un certain dégoût, voire peut-être même une haine, et une déception. Mais du regret ? Pas encore, ma douce, je ne connais pas encore ce sentiment.

Répudiée ! C'est ainsi que j'ai été renvoyée du détachement de mon père, général des Sans-cœurs, il y a un mois de cela. J'ai dis à Tayus que j'utilisais la magie de l'Ombre divine depuis plusieurs années désormais, et que j'étais fin prête à aider le Clan et mes confrères, à aller sur le champs de bataille. Ah ! Quelle idiote je fus, moi qui pensais que le fait de flatter son envie de voir un fils à ses cotés au combat aurait pu lui faire accepter le faire que je manipulais une magie considérée comme douteuse et corrompue – bien qu'elle ne sois que corruptrice, je ne le répéterai jamais assez !

Il m'a insultée de traîtresse, et de bien d'autres noms que je n'ai guère retenu. Soit il n'a pas su voir le potentiel qui demeurait en moi et en cette magie, soit il a clairement perçu toutes mes possibilités – et cela ne m'étonnerait guère, il est plutôt intelligent pour un homme de cet âge – et en a pris peur. J'ai pu devenir une menace à ses yeux, mais le résultat est le même : renvoyée par mon propre Père. Ton sort fut pire, ma sœur, mais ce fut une humiliation et un échec cuisant. J'ai pensé même un instant à me venger, mais je m'y suis résignée.

La patience est la meilleure des vertu, et un jour viendra où tout se déliera, et là enfin, je ressortirai gagnante de cette partie d'échec perpétuelle contre Tayus, non pas par un « échec » menaçant, mais par un « échec et mat » cuisant, théâtral, et le plus beau qu'il soit. C'est la promesse que je te fais, et celle qui restera en mon cœur. Ce dégoût que je lui ai inspiré sera ma première morsure, et le venin fera son chemin, le lent poison s'insinuera dans son corps entier pour tout à fait le consumer. Un jour, Eiraen. Un jour.

J'ai décidé, toutefois, de retrouver le Clan Luveris installé en Azeroth. J'ai lu dans les derniers rapports qu'ils s'étaient installés au sud des Terres Foudroyées, et que le Patriarche était désormais le Marquis Cahir des Luveris. Après un mois de voyage à travers les terres dévastées de ce qui fut mon habitat durant sept années, il est temps de retraverser la porte, la même qu'à notre arrivée. J'irai, et là-bas, je saurai me rendre utile ; j'irai, et là-bas, ils se montreront moins bornés et plus intelligents que notre affreux Père. J'irai, et l'on m'y acceptera. J'irai, et je saurai m'y rendre indispensable. Cela sera ma première victoire contre Tayus, et celle-ci sera pour toi, ma sœur.
Bien à toi,
Aravià.

VI - Apothéose

Citation :
Septième mois de l'an trente-quatre
Campement Luveris, Terres Foudroyées
Royaume de l'Est, Azeroth


Chère Eiraen,

Le temps passe, et la vie poursuit son cours. Voilà un mois que j'ai eu mes vingt-cinq ans, mon premier quart de siècle. Je ne t'écris presque plus, non, je crois que je ressens de moins en moins le besoin de te raconter ce qu'il se passe. Mais je ne me lasse point de prendre l'encre et la plume pour t'adresser quelques mots, quoique le temps me manque souvent. Vois-tu, je suis une femme occupée, et lorsque je ne le suis pas, l'inspiration - ou la motivation - me fait défaut.

Mais à quoi cela pourrait bien me servir, de te dire ce qu'il arrive, ici, au Clan ? Je connais, moi, ces événements, et pour le reste, l'Histoire s'en chargera. J'ai souvent songé au concept d'immortalité, ma douce. La véritable immortalité, j'entends, non pas ce qu'espère Wynflaeth en trichant ou Dante Culster en faisant de même, comme tant de felmages le font, grappillant le moindre souffle de vie, le dérobant aux autres, pour allonger années sur années et prendre de l'âge, pourrissant de l'intérieur sans pour autant devenir véritablement immortels.
Pour l'être il faut rester dans les mémoires, marquer les esprits et les histoires. C'est dans les pensées des autres que l'on demeure à jamais. Je sais que mon existence sera courte - ma profession, mes dons m'y obligent. C'est inévitable, je ne me voile pas la face.

Et qui sait qui retiendra mon nom ? Qui sait qui racontera les mêmes événements que je t'ai conté à toi, ma sœur ? L'avenir le dira, mais je suis tranquille à ce sujet, oui. Ma légende, si elle doit se forger, se fera par mes victoires dans l'acier et le sang.

Je suis Luveris après tout.

Toi, tu n'étais pas assez forte pour survivre, mais je le suis. Je passerai à travers les âges, même après ma mort, c'est là la seule chose que je puisse espéré. C'est là la seule immortalité qui vaille le coup : le seul but qui soit digne d'être poursuivi, le seul chemin qui mérite d'être tracé.
Ces temps-ci, j'ai l'impression d'être dotée d'une clairvoyance inhabituelle sur certains sujets, comme si mes pensées étaient éclairées par je ne sais quel main du Destin - ou du Chaos, que j'affectionne tant, me laissant entrevoir des idées brillantes et des avenirs possibles. Mais si je m'y penchais, j'en aurai pour des heures et des heures à noircir mon parchemin, et l'on a besoin de moi (je pense que se rendre immortelle doit aussi passer par le fait de savoir se rendre indispensable, aussi vais-je aller gracieusement à mes responsabilités).
Bien à toi,
Aravià.

[fin pour le moment, la suite sera écrite plus tard !]
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